Sorti dans les cinémas cambodgiens le 16 octobre 2026, LOOT: A Story of Crime and Redemption, documentaire de 87 minutes réalisé par Don Millar, retrace le pillage des antiquités khmères, leur circulation sur le marché international de l'art et les démarches entreprises pour les restituer au Cambodge. Projeté notamment à Phnom Penh, Siem Reap et Sihanoukville, le film donne la parole aux enquêteurs, aux spécialistes du patrimoine et à d'anciens pilleurs.
À Phnom Penh, la salle est remplie à près de 90 % lors d'une séance de LOOT. Face à l'écran, les spectateurs découvrent comment certaines des sculptures les plus précieuses du Cambodge ont quitté leurs temples pour rejoindre des collections privées et des musées étrangers.
Quelques jours auparavant, plusieurs personnalités cambodgiennes avaient déjà appelé le public à découvrir le documentaire. Parmi elles, Sang Pheasda, actrice, danseuse traditionnelle et diplômée en archéologie, encourageait les spectateurs à ne pas manquer ce film consacré au patrimoine national.
Dans un article publié le 1er octobre par AMS Infotainment, les réactions recueillies après une projection spéciale témoignent d'une émotion partagée. Le créateur de contenu RexXan raconte avoir ressenti des frissons devant certaines révélations. Depuis l'enfance, il s'interrogeait sur ces statues anciennes dont les têtes avaient disparu. Le documentaire lui permet de découvrir une partie de leur histoire.
Un autre spectateur, Bunheng, souligne que la guerre n'a pas seulement détruit la paix et la sécurité du pays : elle a également créé les conditions dans lesquelles des individus ont pu profiter du patrimoine cambodgien.
Pour Théary, créatrice de contenu, l'émotion atteint son sommet lorsque les sculptures reviennent au Cambodge. Elle explique avoir pleuré en voyant ces œuvres retrouver leur pays d'origine, comme si quelque chose de perdu rentrait enfin à la maison.
Car si les statues khmères sont familières dans l'imaginaire national, l'histoire de leur disparition et les mécanismes de leur commerce le sont parfois beaucoup moins.
C'est précisément cette histoire que Don Millar choisit de porter à l'écran.
Du temple à la salle des ventes : les ressorts d'une enquête
Au cœur du récit apparaît Douglas Latchford, marchand d'art britannique installé en Thaïlande, accusé d'avoir joué un rôle central dans le trafic de sculptures cambodgiennes.
À travers des témoignages, des archives et des investigations judiciaires, le documentaire retrace le parcours d'œuvres anciennes, depuis les sites archéologiques cambodgiens jusqu'aux grandes institutions du marché de l'art occidental.
L'affaire de la statue de Duryodhana, proposée aux enchères chez Sotheby's à New York, illustre particulièrement bien cette mécanique. Les pieds de la sculpture, retrouvés sur son site d'origine au Cambodge, permettent d'établir un lien matériel entre l'œuvre mise en vente et le temple dont elle avait été arrachée.
Parmi les témoignages les plus marquants figure celui de « Blue Tiger », ancien enfant-soldat devenu pilleur d'antiquités, aujourd'hui engagé dans les démarches permettant de retrouver certaines œuvres disparues.
Durant les décennies de guerre et d'instabilité, des Cambodgiens ont été impliqués dans l'extraction et la circulation des antiquités. Mais les sommes qu'ils percevaient étaient sans commune mesure avec les prix atteints ensuite par ces mêmes objets sur le marché international.
Certains risquaient leur vie dans des zones encore dangereuses pour récupérer des sculptures dont la valeur pouvait atteindre plusieurs millions de dollars une fois arrivées en Occident.
Ce contraste est l'un des éléments les plus troublants du documentaire. Il rappelle que le commerce des antiquités ne peut pas être compris sans tenir compte des rapports de pouvoir et des inégalités économiques qui l'ont rendu possible.
La restitution comme point culminant du récit
Après avoir suivi les traces des sculptures disparues, le documentaire accompagne progressivement leur retour vers le Cambodge.
Les images des restitutions, notamment celles d'antiquités provenant du Metropolitan Museum of Art de New York en juillet 2024, donnent une conclusion concrète aux années de recherches et de procédures évoquées précédemment.
Le changement de perspective est important.
Pendant une grande partie du film, les sculptures apparaissent comme des objets recherchés, vendus, exposés ou disputés dans le cadre de procédures judiciaires. Dans les dernières séquences, elles retrouvent leur dimension patrimoniale et culturelle.
Cette construction explique en partie l'émotion exprimée par certains spectateurs cambodgiens.
Lorsque Théary évoque le retour des sculptures comme celui d'éléments longtemps absents de leur pays, elle souligne ce que ces images représentent au-delà de la résolution d'une affaire criminelle.
Don Millar choisit ainsi de terminer son récit sur la possibilité d'une réparation, tout en rappelant que de nombreuses antiquités khmères se trouvent encore à l'étranger.
La restitution apparaît comme une étape d'un travail toujours en cours.
Car si certaines sculptures ont désormais retrouvé le chemin du Cambodge, le récit de leur disparition, lui, reste encore à faire connaître. Le documentaire participe à cette transmission, en donnant aux spectateurs l'occasion de découvrir non seulement ce qui a été volé à leur pays, mais aussi les circonstances dans lesquelles ce patrimoine lui a été arraché.
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